Culture
Critique de Nayla, « Ici, les femmes ne rêvent pas » de Rana Ahmad

Critique de Nayla, « Ici, les femmes ne rêvent pas » de Rana Ahmad

YEPS Créé par YEP’S

« Ici, les femmes ne rêvent pas », récit d’une évasion

De quoi ça parle ?

Ecrit par Rana Ahmad, Ici les femmes ne rêvent pas est un récit autobiographique qui nous plonge au cœur de l’Arabie-Saoudite des années 2000. Le roman s’ouvre cependant dans une cabine téléphonique d’Allemagne, Rana y attend un appel…celui de son père qu’elle n’a pas vu depuis deux ans.
Puis, un retour en arrière s’opère : Rana n’est pas arrivée en Allemagne en un claquement de doigt. Ce fut, au contraire, un long combat, témoin de sa persévérance et de son courage.
Tout commence lorsque son père lui offre un vélo, jamais elle n’a autant savouré le goût de la liberté ! Le vent, léger, dans ses cheveux. Dévaler la rue à grande vitesse. Aller et revenir à l’épicerie, pour réitérer cet instant de bonheur. Mais un matin, on lui enlève son vélo. Pourquoi ? Elle a 10 ans et c’est une fille : elle doit mettre le hijab, le voile.

Pourquoi lire ce livre ?

Sensation d’étouffement

Dans cette Arabie-saoudite que dépeint Rana, l’étouffement est une cadence qui rythme les pas des femmes. Entre la chaleur étouffante et le port du niqab qui restreint tout mouvement : le simple fait d’être née femme est asphyxiant.

Respecte les règles ou tu causeras le déshonneur de ta famille

La question de l’honneur, dans les livres qui évoquent la condition des femmes, est récurrente. Dans ces sociétés, elle est centrale et c’est un fardeau que seules les femmes portent. L’autrice explique que « la répression la plus puissante est celle qui naît dans notre propre tête » car « Chaque femme est persuadée de courir à tout instant, le risque d’attirer sur sa famille, le péché, l’infamie et la honte » page 199. La femme n’est pas libre jusque dans ses pensées, qui ressassent constamment l’éducation qu’elles ont intériorisée. Pour se libérer de cette emprise, il ne suffit pas de le vouloir, c’est un travail sur soi très difficile et long que de se détacher des préceptes inculqués dès l’enfance. Ainsi, si un malheur s’abat sur la famille, c’est forcément la femme qui a fauté, manqué à son devoir et désobéi aux règles. Pourtant, ce ne sont pas les femmes qui agissent à l’encontre des règles, mais plutôt les oncles, les frères, qui, accumulant les vices, n’hésitent pas à violer ou battre : mais ce sont des hommes et ils ont tous les droits.

A-t-on de la valeur si on naît femme ?

Dans les sociétés matrilinéaires et matriarcales oui, mais autant dire qu’elles ne sont que (malheureusement) minoritaires dans le monde. Dans les sociétés patriarcales, comme celle que nous dépeint Rana, la femme n’a pas de valeur en tant que telle. Plus encore, elle n’existe pas, si ce n’est par le lien qu’elle entretient avec les hommes de sa famille : Rana était d’abord « fille de » puis « femme de ». « Je pleure la première fois où j’ai compris que, en tant que fille, je n’avais aucune valeur » p192
« D’une certaine manière on renie ainsi à chaque femme une identité propre, elle n’existe que par rapport aux hommes de sa famille et non comme une personne autonome » page 311

Une violence omniprésente

Différentes violences sont mises en exergue : que ce soit l’époux qui bat Rana, les nombreux viols ou la violence physico-verbale infligée par son frère par exemple. Il est vrai que certaines scènes étaient très dures à lire, mais dans le même temps, je pense que c’est une nécessité. Généralement, dans nos sociétés occidentales, il est difficile de concevoir que dans certains pays, à partir d’un certain âge, on n’existe plus. Prendre son vélo peut nous apparaître banal, et pourtant, pour d’autres, c’est un symbole de liberté. Seule la lecture de ces précieux témoignages peut nous retranscrire cela.

Une pluralité de lecture

La force de ce livre se fait par la pluralité des lectures que l’on peut en faire. L’autrice s’adresse d’abord aux femmes, leur criant de déchirer ce qui fait d’elles des fantômes, les encourageant à dire non, à s’évader, et surtout, à ne pas croire que ce qu’elles subissent est normal, car malheureusement beaucoup de femmes le pensent. Elle leur donne une impulsion de liberté : fuir est possible puisqu’elle l’a fait.

Ici les femmes ne rêvent pas est un récit qui vise aussi les hommes afin de les faire réagir sur cette réalité bien trop masquée. Je pense qu’il est indispensable pour l’autrice de mettre des mots sur cette réalité et, pour nous lecteurs, d’en prendre conscience et de nous dire que nous avons de la chance d’être dans un pays libre.

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